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Bonne question

sortir de l'arbitraire

Quel bilan tirez-vous de la loi de décembre 1970 sur la toxicomanie?.

 

Elle a été une loi de compromis, massacrée par des amendements successifs, dont le fameux amendement Delon qui fait du toxicomane un malade la première fois et un délinquant la deuxième fois. Cet amendement a modifié totalement l'esprit de la loi qui était en fait d'un esprit plutôt libéral. Ce dispositif contient trois articles fondamentaux, trois principes dont la suppression serait catastrophique: le volontariat, l'anonymat et la gratuité. Contrairement à ce que d'aucuns prétendent à l'heure actuelle, la loi n'a pas empêché des dizaines de milliers de toxicomanes de se faire soigner ou prendre en charge dans un dispositif pluri-institutionnel très ouvert et très humain.

 

Précisément, cette réalité humaine n'est-elle pas méconnue par un texte qui se fixe avant tout l'objectif de réprimer?

 

A la différence des modèles anglo-saxons dont le travail est basé sur une modification du comportement, le système français préconisait un respect de la personnalité et un travail de fond sur les problèmes de cette personnalité. C'est sans doute cet aspect libéral et humain qui a permis à ce système d'être performant. Son aspect largement répressif était compensé (et l'est théoriquement encore) par des dispositions médico-sociales que prévoit la loi. Mais très vite la priorité a été donnée aux mesures répressives au détriment, il faut le dire, des autres dispositions.

 

Il fallait, en effet, diaboliser les drogues, toutes les drogues, sans tenir compte de la dimension festive qu'avait l'utilisation de ces produits lorsqu'ils étaient pris modérément et que la personnalité des usagers était solide. La révolte de la jeunesse, ou du moins son dégoût vis-à-vis des modèles sociétaux proposés, a au contraire entraîné un usage de masse encore renforcé par le fait que d'autres usagers venus des cités et des régions pauvres trouvent dans l'usage et le trafic des drogues une justification de vie là où il y a souvent du désespoir. Cette consommation de masse est un fait. L'ignorer, c'est transformer des millions de citoyens jeunes en délinquants et leur apprendre à mépriser les lois de la République.

 

On peut donc parler d'hypocrisie?

 

Cette hypocrisie officielle vise moins les dangers qui peuvent être non négligeables de l'usage du cannabis que l'obligation de désigner un bouc émissaire aux problèmes réels de société. D'ailleurs, signalons qu'un certain nombre d''autorités', conscientes de la bataille d'arrière-garde que représente la pénalisation du cannabis, cherchent d'autres drogues, telle l'ecstasy, pour diaboliser, remplacer dans 'l'enfer' collectif, le cannabis. A ce point, il faut rappeler avec force que l'immense majorité des usagers ne sont pas des toxicomanes. La toxicomanie est définie par la dépendance. Or, l'immense majorité ne fait qu'un usage récréatif intermittent de ces produits. C'est la répression qui fait un amalgame que rien ne justifie sur le plan scientifique d'autant plus que cette dangerosité méconnaît arbitrairement celle de l'usage des médicaments psychotropes qui fait florès.

 

Quelle solution proposez-vous?

 

Loi de compromis, la loi du 31 décembre mérite qu'on la révise parce que le compromis n'est pas respecté. Il faut permettre aux citoyens jeunes d'exercer leur citoyenneté à part entière. Il faut également conserver les acquis positifs de cette loi, mais sortir d'une ambiguïté qui fait de l'usage des produits une délinquance de masse livrant à l'arbitraire les usagers, selon qu'ils soient riches ou misérables.

 

Dans ces conditions, le problème n'est pas celui de la dépénalisation, mais celui de la légalisation, au moins à titre expérimental, de certains produits. Cela est possible si on fixe un âge limite, la définition du contenu du produit qui pourrait être mis sur le marché et des peines sévères pour les dealers qui vendent en particulier aux mineurs. Mais la meilleure prévention de l'usage des drogues reste l'instruction civique à l'école, rappelant que la République n'existe pas en soi et pour soi mais qu'il y a un acquis à défendre; cet acquis s'appelle la démocratie.

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