Drogue: vive la culture de la
tolérance !
Dans son dernier rapport annuel, l'OICS dénonce le
développement d'une «culture de la tolérance» en matière de
drogues. L'OICS (Organe international de contrôle des stupéfiants)
est, avec le Pnucid (Programme des Nations unies pour le contrôle
international des drogues), l'un des principaux bras armés de la
«guerre de la drogue» que mène l'ONU. La doctrine de l'ONU repose
sur deux piliers: la réduction de l'offre et la réduction de la
demande.
La réduction de l'offre, c'est la lutte contre la production et
le trafic de drogues illicites, le blanchiment d'argent et l'accès
aux précurseurs chimiques. La réduction de la demande, c'est, trop
souvent, la criminalisation des usagers.
Du 8 au 10 juin prochain se tiendra à New York une assemblée
générale extraordinaire de l'ONU pour tirer le bilan de la
convention sur les stupéfiants de 1988 et dresser des perspectives
pour la décennie 1998-2008. Tandis que l'OICS publie un rapport
très médiatisé, l'actuel directeur du Pnucid, Pino Arlacchi, se
donne comme objectif l'éradication de toutes les plantes à drogue
à l'horizon 2008. Comme première contribution à cette éradication,
il vient de signer avec les taliban afghans, parangons de
démocratie, un accord que beaucoup jugent honteux.
D'autres agences des Nations unies, à commencer par Onusida et
l'OMS, sont confrontées à la pandémie de sida et accordent une
importance croissante aux moyens de limiter la dissémination du
virus. Une seule politique sanitaire a démontré son efficacité: la
réduction des risques. Mais les Etats-Unis s'opposent farouchement
à toute référence à ce concept maudit car ils considèrent que ce
n'est qu'une légalisation masquée. Bref, ils s'opposent à ce que
la politique des Nations unies repose sur un troisième pilier de
santé publique. Pour autant qu'on le sache, l'Elysée et Matignon
sont sur la même longueur d'onde.
C'est bien pourtant d'une culture de la tolérance que nous
avons besoin. C'est elle qui nous permettra de construire des
politiques plus intelligentes, plus soucieuses de la santé
publique et des droits de l'homme. Il ne s'agit pas de «lutter
contre la drogue» mais d'apprendre à vivre avec les drogues. Il ne
s'agit pas de domestiquer les toxicomanes mais de domestiquer les
dragons de la drogue. Cela ne se fera pas sans les usagers
eux-mêmes.
Quelques pays européens, à commencer par les Pays-Bas et la
Suisse, indiquent un chemin. Ils sont d'ailleurs régulièrement
montrés du doigt par les drug warriors de l'ONU. Le combat sera
long. La question des drogues est saturée de peurs, de préjugés. A
quoi viennent s'ajouter le sida, l'exclusion, souvent la violence.
Tout comme l'écologie ou la démographie, la question des rapports
que l'humanité sera capable de redéfinir avec les substances
psychoactives, légales ou illégales, fera partie des grands enjeux
du XXIe siècle. Les drogues aussi se sont mondialisées. Et, que
l'on sache, les drogues de synthèse type ecstasy ne sont pas
issues des «plantes à drogue».
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